L’impact des nouvelles règlementations

Pour les compagnies d’assurance, la rentrée est bien chargée. Elles abordent le sprint final pour la mise en place début 2016 des normes de Solvabilité 2 et l’entrée en vigueur de l’ANI (mutuelle santé étendue à l’ensemble des salariés). A cela s’ajoute le surplus de travail lié aux 1.7 million de contrats non réclamés (source ACPR) résultant de la loi Eckert. Les effets de la loi Hamon sur les résiliations et le renouvellement des contrats se font sentir. En assurance vie, il faut accompagner les réseaux de distribution dans la commercialisation des contrats Eurocroissance et former les forces de vente aux spécificités des contrats en unités de compte.

Ce ne sont là que quelques-uns des enjeux que l’on pourrait qualifier d’endogènes aux compagnies d’assurance, alors que les taux d’intérêt bas ou les changements climatiques, liés à l’environnement exogène, posent de nombreux challenges aux acteurs de la profession.

Les disruptions induites par le digital : l’assurance 3.0 

Si l’on ajoute la montée en puissance des comparateurs pour un nombre élargi de produits et garanties, l’arrivée de nouveaux acteurs de la nouvelle économie, tels les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon…), l’impact du digital, des objets connectés, du big data, des réseaux sociaux, il est aisé de comprendre que les défis et opportunités auxquels doit faire face le secteur de l’assurance sont de nature très diverse. En à peine trois décennies, nous sommes passés de l’univers de l’assurance 1.0 à celui de l’assurance 3.0.

Jusque dans les années 90, l’assurance opérait dans un monde ou un mode traditionnel dans lequel les compagnies pouvaient, en grande partie, dicter leurs lois avec une très forte orientation produits. Avec les années 2000, nous sommes entrés dans l’assurance 2.0, caractérisée par une concurrence accrue pour l’accès aux clients et donc un basculement de la puissance vers les réseaux de distribution interne et externe (renforcé en France par l’importance de la bancassurance en assurance vie et des mutuelles et IP pour la prévoyance et de nombreuses garanties IARD). Depuis les années 2010, la sophistication des clients, l’information dont ils disposent, l’arrivée des comparateurs, l’émergence des réseaux sociaux ont donné naissance à l’assurance 3.0, qui représente un paradigme totalement différent, dans lequel le client est roi.

De nouveaux comportements changent profondément la donne. La société collaborative pousse de la possession à l’usage (Uber, BlaBlaCar, Booking.com financement participatif), les nouvelles technologies sont très consommatrices d’investissements, de nouveaux risques apparaissent (cyber risk et fraude à l’identité) alors que les clients ne veulent payer que le juste prix.

Une nouvelle approche des risques et de nouvelles opportunités

Le big data et les objets connectés permettent d’obtenir une connaissance plus fine des clients, mais une très fine segmentation va à l’encontre de la mutualisation des risques qui seule permet une péréquation entre les assurés ayant des profils de sinistralité différents.

Cette connaissance fine du risque donne naissance à de nouveaux produits comme le « payez comme vous conduisez » (qui représente déjà 2% des contrats automobiles aux US), mais demain la voiture sans conducteur réduira fortement les risques d’accident et modifiera l’offre : le risque matériel pourrait être inclus dans le prix de l’automobile et les assureurs ne conserveraient que le risque corporel, qui se trouverait grandement réduit par l’augmentation de la sécurité des véhicules autonomes. A l’inverse, le rapide vieillissement de la population et le désengagement de l’Etat en matière de couverture sociale créent de nouveaux besoins et autant d’opportunités.

La donne est très complexe pour les assureurs, qui doivent constamment se réinventer. Les demandes de clients beaucoup plus exigeants et mieux informés pèsent sur les prix, alors que les obligations (régulation et compliance) imposées aux assureurs sont de plus en plus contraignantes. Ceci à un moment où ils doivent consentir des investissements massifs pour relever le challenge des rapides changements technologiques. Tout cela se traduit par une pression très forte sur les marges des compagnies.

De nouvelles compétences managériales

Aux métiers traditionnels de l’assurance (souscripteurs, actuaires, inspecteurs …) de nouvelles compétences sont essentielles pour rester dans la course (experts en segmentation et mégadonnées ou big data, responsable de la compliance, web master, spécialistes du digital et des réseaux sociaux, concepteurs des nouvelles offres, contrôleurs des sous-traitants, spécialistes de la distribution omnicanal, experts en protection des données …). Attirer ces talents est un véritable challenge. La compétition pour ces ressources rares est féroce et elles peuvent être rebutées par l’image dépassée et les perceptions de lourdeurs qui restent attachées aux compagnies traditionnelles.

Trouver rapidement les bonnes compétences, expérimentées et immédiatement opérationnelles pour faire face à tous ces enjeux, le manque de ressources ponctuelles sur de nouveaux projets, le remplacement de compétences clés sur une période variable, le contrôle accru sur les effectifs stables (FTE) forcent les directions générales et les DRH à considérer le management de transition comme une réponse adaptée à tous ces enjeux humains. Le management de transition permet de tester l’intégration et l’efficacité de ces managers dans l’entreprise ; il donne une grande souplesse en matière de planification des ressources (missions de durées variables, révisables) et qui peut aboutir à terme, si le besoin s’en fait sentir, à un CDI (déchargé du risque inhérent de l’intégration d’une nouvelle ressource non testée dans l’environnement de l’entreprise).

Les assureurs considèrent souvent que leur seule véritable richesse, c’est leur capital humain. Ceci était vrai hier, l’est aujourd’hui et le restera demain. Le rythme du changement s’intensifie et il devient de plus en plus difficile de préserver et d’adapter ce capital aux nouvelles donnes du marché. C’est dans ce cadre que trouver rapidement des compétences très qualifiées pour accompagner le changement trouve tout son sens et je suis heureux d’aider EIM à comprendre et anticiper les besoins de la profession pour permettre à l’ensemble des acteurs de la chaine de l’assurance à répondre aux demandes multiples et de plus en plus complexes en matière de couverture des différents risques exprimés par l’ensemble des acteurs de la vie économique.

Marc Sevestre

Administrateur et consultant, ex CEO Europe de l’Ouest Alico (AIG) – MetLife