Nous savons tous que le Brexit aura des conséquences pour notre activité. 30 000 entreprises françaises exportent en Grande-Bretagne, 3000 y sont installées. Vous en faites probablement partie.
A l’heure où nous écrivons ces lignes, un bon tiers des entreprises n’ont pas du tout commencé leur “chantier Brexit”. Comme le disait le ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin le 29 novembre dernier : “j’ai l’impression que l’administration est prête avant le monde de l’entreprise”.
Certes la date butoir du 30 mars a été repoussée jusqu’à fin octobre. Mais la perspective d’un “no deal” reste possible.
Et dans votre entreprise, qui pilote le Brexit aujourd’hui ? Qui est en charge des thèmes que nous listons ci-dessous ? Quel profil de CBxO vous faut-il ?
La liste des thèmes concernés peut vous aider à définir le portrait-robot de ce (ou cette) CBxO.
Ces sujets reprennent les éléments mis en évidence par les pouvoirs publics ou le Medef qui ont publié d’excellents guides sur le sujet. Reste ensuite à trouver la perle rare qui correspondra au profil ainsi dessiné.

 

1) Comment gérer les effets du Brexit sur les salariés concernés ?

2) Votre informatique est-elle prête ?

3) Votre chaîne logistique a-t-elle l’habitude des opérations douanières et peut-elle supporter les délais et les stocks additionnels ?

4) La fonction Achat a-t-elle mesuré les risques fournisseurs ?

5) Sur le volet juridique : avez-vous des titres de propriété intellectuelle au Royaume-Uni ?

6) Les cas particuliers : produits soumis à autorisation de mise sur le marché, produits agricoles ou alimentaires, animaux et plantes.

 

1) Comment gérer les effets du Brexit sur les salariés concernés ?

Vous avez des salariés expatriés au Royaume-Uni ? Vous employez des salariés britanniques (en France ou ailleurs dans l’Union Européenne) ?
Il vous faut dans ce cas effectuer un recensement et accompagner les démarches de vos employés pour ce qui concerne leurs conditions de séjour. Il conviendra aussi de déterminer le régime de sécurité sociale applicable et s’adresser aux autorités britanniques et françaises (ou d’autres pays de l’Union Européenne) pour faire le point sur les formalités nécessaires. Le CBxO va devoir également anticiper les compétences clés qui risquent de faire défaut à votre entreprise dès le rétablissement des frontières. Avec une question-clé, bien sûr : “comment les remplacer, dans quel délai et avec quel surcoût ?”

Vous aurez également besoin d’un DRH qui maîtrise parfaitement les démarches auprès des autorités, qu’elles soient européennes ou britanniques, et qui sache comment recruter les talents manquants, partout dans l’Union Européenne.

2) Votre informatique est-elle prête ?

Le Brexit aura en effet des conséquences sur nombre de paramètres ou de procédures qui peuvent exister “en dur” dans les programmes informatiques de votre entreprise. Les changements qui s’annoncent pourraient provoquer des scénarios non prévus par vos systèmes. La gestion des opérations commerciales, les restrictions de flux de données de l’Union Européenne vers le Royaume-Uni, tout cela pourrait notamment avoir une importance sur la localisation et l’utilisation des données.

Il vous faudra un bon DSI, qui aura idéalement vécu un chantier type « bug de l’an 2000 » ou « passage à l’euro », qui aura donc le recul d’expérience et pas uniquement une bonne approche analytique.

 

3) Votre chaîne logistique a-t-elle l’habitude des opérations douanières et peut-elle supporter les délais et les stocks additionnels ?


Votre chaîne logistique ou de production traverse-t-elle la frontière britannique ? Faites-vous transiter des biens par le Royaume-Uni ? Quels seront les impacts des contrôles frontaliers sur vos délais ? La durée de vie et de validité des marchandises que vous échangez avec le Royaume-Uni sont-elles susceptibles d’être affectées par un allongement des délais ? Les déclarations d’import / export sont-elles maîtrisées dans vos processus et prêtes pour la volumétrie nouvelle à gérer ?

S’il y a un seul “oui” dans votre réponse à ces questions, il va vous falloir un solide directeur de la Supply Chain, capable de reconcevoir les processus, de les accélérer, de minimiser les stocks nécessaires pour intégrer ces retards, et de minimiser le surcoût de dédouanement.

 

4) La fonction Achat a-t-elle mesuré les risques fournisseurs ?

Vos fournisseurs aussi sont concernés. Parmi eux, avez-vous fait la liste de ceux qui pourraient être particulièrement affectés et dont la compétitivité est impactée ? Ou, plus simplement, ceux dont les conditions contractuelles (prix, délais, garanties…) pourraient être modifiées après le Brexit. Cela pourrait jouer sur votre propre compétitivité. Votre CBxO va devoir recenser en priorité les fournisseurs stratégiques et évaluer avec eux les risques et mesures correctives à mettre en place.

Il vous faut un directeur des Achats qui aura une dimension de stratège, capable de négocier au plus haut niveau avec ses fournisseurs et procéder aux arbitrages entre surcoûts et risques.

5) Sur le volet juridique :

  • avez-vous des titres de propriété intellectuelle au Royaume-Uni ?

Ces titres sont-ils exploités et protégés au Royaume-Uni par le biais d’un titre de l’Union Européenne ou communautaire (déposés directement devant l’EUIPO ou par le système international) ? Si tel est le cas, il va falloir établir un audit complet de votre portefeuille de titres et étudier cela de près.

  • Avez-vous des contrats commerciaux en cours avec des contreparties britanniques ?

Les contrats stipulent-ils que le Royaume-Uni est membre de l’Union Européenne ? La capacité de vos partenaires (co-contractants) à remplir leurs obligations suppose-t-elle la liberté de circulation des biens, des personnes, etc… entre l’UE et le Royaume-Uni ? Les contrats renvoient-ils au droit ou à une juridiction britannique ? Les contrats permettent-ils une augmentation du prix en cas de frais de douane ?

Là encore, si la réponse est “oui” à une seule de ces questions, il faut donc recenser ces contrats et évaluer les conséquences financières et juridiques du Brexit.

Le CBxO est alors un juriste d’entreprise, de bonne hauteur de vue, qui saura identifier les zones de risques. Il pourra s’appuyer sur des avocats spécialisés (en propriété intellectuelle notamment).

 

6) Les cas particuliers : produits soumis à autorisation de mise sur le marché, produits agricoles ou alimentaires, animaux et plantes.

Si vous travaillez dans un secteur tel que celui de la pharmacie, l’automobile ou l’aéronautique, il faudra faire re-certifier ou re-homologuer vos produits auprès des autorités européennes, puisqu’ils contiendront désormais des composants venant de pays extérieurs à l’UE27. Si vous travaillez dans le domaine agro-alimentaire, il vous faudra re-valider les certificats sanitaires…

Votre CBxO sera un professionnel du droit et du lobbying, rompu à ces procédures. Il devra trouver la voie pour obtenir ces agréments plus vite que vos concurrents, voire que les entreprises d’autres secteurs mais plus « présentes » que la vôtre auprès de ces autorités administratives.

 

La liste n’est pas exhaustive. Nous pourrions mentionner aussi les impacts financiers des taux de change, ainsi que la participation de votre entreprise à des projets européens recevant des subventions.

Si vous avez coché une seule des cases ci-desssus, votre CBxO doit avoir un profil de dirigeant spécialisé dans la fonction concernée (expert ou chef de projet).

Si vous avez coché plusieurs cases, votre CBxO doit alors avoir un profil de manager de projet polyvalent, avec une vision de direction générale. Expérience et autorité hiérarchique lui seront nécessaires pour mobiliser et coordonner les équipes spécialisées dans les différentes fonctions de l’entreprise sur un temps limité.